Friday, March 31, 2017

Le monde de Sophie – Partie 8


VIII. Kant

Emmanuel Kant est né en 1724 en Prusse Orientale à Königsberg (aujourd'hui Kaliningrad) où il a vécu presque toute sa vie. Kant était protestant,  son éducation piétiste rigoureuse a influencé sur toute sa philosophie. Selon lui, il était essentiel de sauver les fondements de la foi chrétienne. Kant était ce qu’on peut appeler philosophe professionnel, ce qui signifie qu’il maitrisait les autres pensées philosophiques et il les enseignait à l'Université. Mais en même temps il a fondu sa propre conception. Dans ce sens, Kant a réussi à sortir la philosophie de l'impasse où elle se trouvait avec la querelle entre les rationalistes d'un côté et les empiristes de l'autre. Il est décédé à l'âge de quatre-vingts ans. Sur sa tombe à Königsberg est gravée une de ses plus célèbres maximes : « Deux choses ne cessent de remplir mon cœur d'admiration et de respect plus ma pensée s'y attache et s'y applique : le ciel étoile au-dessus de ma tête et la loi morale en moi. »

Pensée
Détails – Extraits du livre
Kant pense que les sens et la raison jouent toutes les deux un grand rôle dans la découverte du monde, mais il pense aussi que les rationalistes accordent trop de pouvoir à la raison et que les empiristes se limitent trop à leurs expériences sensibles.
Que l'expérience de nos sens soit à l'origine de toute connaissance, cela il l'admet volontiers à la suite des empiristes, mais il ajoute que notre raison seule possède les conditions requises pour analyser comment nous percevons le monde.
Kant pense que la raison dispose de certaines facultés qui déterminent toutes nos expériences sensibles.

Il insiste sur le fait que le temps et l'espace sont des éléments constitutifs de l'homme et qu’ils sont des structures intuitives qui ne relèvent pas du monde.
Quelle que soit notre expérience sensible, elle s'inscrit obligatoirement dans l'espace et le temps. Kant appelait  l'« espace » et le « temps » les deux « formes à priori » de la sensibilité de l'homme, c'est-à-dire qu'elles précèdent toute expérience. Cela signifie que nous savons à l'avance que toute expérience sera inscrite dans le temps et l'espace.
Selon Kant, la conscience de l'homme n'est pas une feuille blanche où s'inscriraient de façon « passive » les impressions de nos sens. C'est au contraire une instance éminemment active, puisque c'est la conscience qui détermine notre conception du monde.

Kant affirmait que si la conscience est formée à partir des choses, les choses à leur tour sont formées à partir de la conscience. Ce dernier point était considéré comme la « révolution copernicienne » dans le domaine de la connaissance.
Tu peux comparer avec une carafe d'eau : l'eau vient remplir la forme de la carafe. De la même façon, nos perceptions se plient à nos deux « formes à priori » de la sensibilité.
Pour Kant, il n'y a aucun doute que  nous portons la loi de causalité en nous.
Il admet que l’homme ne peut avoir aucune certitude sur la vraie nature du monde « en soi ». Il peut seulement connaître comment le monde est « pour moi ». Ce point est le point essentiel de la philosophie de Kant.

Pour Hume, il était impossible de sentir ou de démontrer ces lois naturelles. Pour Kant, ces lois existent puisque c'est notre faculté de connaître qui organise la connaissance, et non point les objets qui la déterminent.
Tu te rappelles ce que Hume prétendait : l'habitude seule nous fait croire à un enchaînement logique des phénomènes dans la nature. Kant, lui, considère justement comme une qualité innée de la raison ce qui chez Hume était indémontrable. La loi de causalité prévaudra toujours, tout simplement parce que l'entendement de l'homme considère chaque événement dans un rapport de cause à effet.
Selon Kant, d'un côté nous avons les éléments extérieurs que nous ne pouvons pas connaître avant d'en avoir fait l'expérience et c'est ce que nous appelons la matière de la connaissance. D’un autre côté, nous avons les caractéristiques de la raison humaine, comme par exemple de concevoir chaque événement dans l'espace et le temps ou encore de le situer dans un rapport de cause à effet : c'est ce qu'on peut appeler la forme de la connaissance.
Imagine-toi un chat couché dans le salon. Une balle se met à rouler à travers la pièce. Que va faire le chat à ton avis ?
— Oh ! c'est très simple : le chat va courir après la balle. D'accord. Imagine maintenant que c'est toi qui es dans la pièce. Aurais-tu eu la même réaction que le chat?
 — Non, je pense que je me serais d'abord retournée pour voir d'où venait la balle.
 — Parce que tu es un être humain, tu es portée à t'interroger sur la cause de chaque événement. La loi de causalité est inhérente à la constitution de l'être humain.
Mais Kant dit bien que la raison n'est pas complètement développée chez un petit enfant avant qu'il n'ait vraiment un grand champ d'expérience à sa disposition.
Kant pensait que l’homme est incapable de trouver des réponses à certaines questions à savoir si l'homme a une âme immortelle, s'il existe un dieu, si la nature est constituée de minuscules particules ou encore si l'univers est fini ou infini...


Quand nous nous interrogeons sur l'origine du monde et hasardons des hypothèses, la raison tourne en quelque sorte à vide, car nous ne disposons pas de « phénomènes » sensibles à proprement parler ou d'expériences auxquelles se référer. Nous ne pouvons jamais faire l'expérience de la totalité qui nous englobe. Nous ne sommes pour ainsi dire qu'une partie de la balle qui roule sur le sol sans pouvoir savoir d'où elle vient. Mais notre esprit est ainsi fait que nous ne pouvons nous empêcher de nous interroger sur l'origine de la balle et sur toutes sortes de problèmes même si nous n'avons pas grand-chose de concret à nous mettre sous la dent.
Kant a ouvert la voie à une nouvelle dimension religieuse : La foi remplace l'expérience pour certaines questions.

Il était selon lui nécessaire à la morale de l'homme de présupposer que l'homme a une âme immortelle, qu'il existe un dieu et que l'homme a un libre arbitre. Contrairement  à Descartes, Kant précise bien que c'est la foi qui l'a amené à ces conclusions et non la raison.

Pour lui, la foi en une âme immortelle, en l'existence de Dieu et le libre arbitre de l'homme sont des postulats pratiques.

Pour prouver l'existence de Dieu, les rationalistes, Descartes en tête, tentent de démontrer son existence en disant que nous avons l'idée d'un « être parfait », tandis que d'autres comme Aristote et saint Thomas d'Aquin voient en Dieu la première cause de toutes choses.
Kant rejetait ces deux preuves de l'existence de Dieu. Jamais l'expérience ne peut nous fournir le moindre fondement pour affirmer que Dieu existe ou non.
Pour Kant, tous les hommes sont dotés d'une raison pratique qui leur permet en toute occasion de distinguer le bien du mal sur le plan de la moralité.
Hume déclara qu'il était impossible de démêler le vrai du faux, puisque ce qui « est » n'implique pas ce qui « doit être ». Selon lui, pas plus notre raison que notre expérience sensible ne nous permettent de distinguer le vrai du faux. Pour lui, c'était une pure question de sentiments.

Par contre, Kant a toujours ressenti que la distinction entre le bien et le mal recouvrait quelque chose de réel. Il rejoignait en cela les rationalistes pour qui la raison permettait de faire le tri. Tous les hommes savent ce qui est bien et ce qui est mal, et nous le savons, non parce que nous l'avons appris mais parce que c'est inscrit dans notre raison.
Selon Kant, tous les hommes ont accès à la même loi morale universelle qui constitue  le fondement de notre vie morale qui  vaut pour tous les hommes quelle que soient leur époque et leur société.

Kant pense que cette loi morale est « catégorique », c'est-à-dire qu'elle vaut pour toutes les situations et qu'elle est « impérative », c'est-à-dire qu'elle donne un ordre auquel on ne peut qu'obéir.

Kant formule cette loi morale de différentes manières
-   Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle.
-   Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen.
-       La loi morale est pour Kant aussi absolue et universelle que le principe de causalité, par exemple. La raison est impuissante à la démontrer, mais elle n'en reste pas moins incontournable. Personne ne peut le nier.
-       Quand Kant décrit la loi morale, il décrit la conscience de l'homme. Nous ne pouvons pas démontrer ce que nous dit notre conscience morale, mais nous le savons malgré tout parfaitement bien.
-       Quand je fais quelque chose, je dois donc désirer que tous les autres dans une même situation aient la même attitude que moi
-       Nous ne devons pas « utiliser » les autres pour essayer d'en tirer un profit personnel.
Selon Kant, il y a une éthique du devoir. Ainsi,  pour mériter le terme d'action morale, il faut que ce soit le résultat d'une victoire sur soi-même. Il faut sentir que c'est son devoir d'agir de la sorte. L'éthique de Kant est une éthique de la bonne
volonté.
Je peux ressentir que c'est mon devoir de recueillir des fonds pour la Croix-Rouge ou les Restos du cœur.
— Oui, ce qui importe c'est que tu le fasses avec le sentiment d'accomplir quelque chose de juste. Même si une partie de l'argent récolté n'arrive pas à destination et ne nourrit pas ceux qui avaient faim, tu auras suivi la loi morale. Tu auras agir par devoir, ce qui est aux yeux de Kant la seule chose qui compte et non, comme on pourrait le croire, les conséquences de ton acte.
Kant divise l'homme en deux :
-   Un être sensible soumis à la loi de causalité, il ne peut pas choisir ce que ses sens perçoivent, des expériences influence sur lui indépendamment de sa volonté.
-   Mais il est aussi un être doué de raison qui lui permet de faire des choix moraux.
En tant qu'êtres sensibles, nous faisons partie intégrante de l'ordre de la nature et ne pouvons à ce titre exercer aucune volonté. Mais en tant qu'êtres doués de raison, nous appartenons au monde tel qu'il est, indépendamment de nos perceptions. En suivant notre « raison pratique » qui nous permet de faire des choix moraux, nous manifestons notre liberté. Car en nous pliant à la loi morale, nous ne faisons qu'obéir à une loi que nous nous sommes imposée.
On finit en effet par être l'« esclave » de ses désirs, de son propre égoïsme par exemple. Il faut une bonne dose d'indépendance et de liberté pour se détacher de ses envies et de ses désirs.
Dans son Projet de paix perpétuelle, Kant écrivit que tous les pays devaient s'unir pour former une « assemblée des peuples » qui veillerait à la paix entre toutes les nations.
Kant est en quelque sorte le parrain de l'idée des Nations unies. Seule la « raison pratique » de l'homme permettait de faire sortir les États, selon Kant, d'un « état naturel » qui les poussait à d'incessantes guerres entre eux et pouvait créer un nouvel ordre international qui empêcherait les guerres.
Il fallut attendre cent vingt-cinq ans après la parution de ce texte, en 1795, pour que soit créée la Société des Nations, après la Première Guerre mondiale. Elle fut remplacée après la Deuxième Guerre mondiale par les Nations unies.

A suivre…


Rachida KHTIRA

Software Engineer at the Moroccan Ministry of Finance.
Interests: Reading, travel and social activities.

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