Monday, February 27, 2017

Le monde de Sophie - Partie 7




VII. Le Siècle des Lumières en France

Au début du xvIIIe siècle, l'Angleterre était le centre de la philosophie, l'Allemagne au milieu et la France à la fin du xvIIIe siècle. Il est vrai qu’après Hume, le grand système philosophique était celui de Kant. Toutefois, la France comptait de nombreux penseurs comme Montesquieu, Voltaire, Rousseau et tant d'autres. Ces philosophes s’étaient rendus en Angleterre où ils étaient fascinés par la science expérimentale anglaise surtout la physique universelle de Newton, par la conception de la politique de Locke ainsi que par la philosophie britannique. Hume était mort en 1776, environ vingt ans après Montesquieu et deux ans avant Voltaire et Rousseau qui étaient mort en 1778. Les pensées générales partagées par la plupart des philosophes français du siècle des Lumières traitent  les thèmes suivants.

La Révolte contre L'autorité

Au début de xvIIIe siècle, l’Angleterre était le centre de la philosophie et jouissait d'une plus grande liberté en comparaison avec la France. De nombreux philosophes français étaient influencés par la philosophie britannique et la conception de la politique de Locke. De ce fait, ils se sont révoltés contre l'autorité sous toutes ses formes : l'Eglise, le roi et la noblesse.  D’où la révolution de 1789.

Le Rationalisme

Le siècle des Lumières est appelé aussi le siècle du « Rationalisme ». En effet, à cette époque, la nouvelle science expérimentale avait montré que la nature suivait des lois bien précises. Ceci a influencé sur les philosophes du siècle des Lumières qui avaient une foi immuable en la raison de l'homme et voulaient jeter les bases rationnelles de la morale et de la religion.

L'Optimisme Culturel

Pour les philosophes des lumières, le progrès est une bonne chose si on répand la raison et la connaissance dans la société. Ainsi, avec le temps, l'ignorance et la superstition cèderont la place à une humanité « éclairée ». Les philosophes de cette époque accordaient une place primordiale à l'éducation. Ils affirmaient que la misère et l'exploitation n'étaient que la conséquence de l'ignorance et de la superstition. Ainsi, pour fonder une meilleure société, il faudrait éclairer les couches profondes de la population. La pédagogie date de ce siècle et l’œuvre la plus marquante de cette époque était la production d’une grande encyclopédie en 28 volumes avec la collaboration de tous les grands philosophes des Lumières de 1751 à 1772.

Le Retour à la Nature

Pour les philosophes du siècle des lumières, le mot « Nature » signifiait presque la même chose que « Raison » car la raison de l'homme est pour eux une donnée de la nature. Jean-Jacques Rousseau disait : « Nous devrions retourner à la nature. Pour lui, la nature est bonne et l'homme est, par nature, bon. Tout le mal réside en la société. Selon Rousseau, l'enfant devrait avoir le droit de vivre dans son état d'innocence « naturelle » longtemps que possible. Là encore le statut particulier de l'enfance date du siècle des Lumières, alors qu'avant ce n'était qu'une préparation à la vie d'adulte.

La Religion Naturelle

Les philosophes du siècle des Lumières pensaient que le monde était trop soumis à la raison pour envisager la possibilité de concevoir un monde sans Dieu. Toutefois, la religion devait retrouver des racines rationnelles et il fallait dépoussiérer le christianisme de tous ces dogmes arbitraires et de ces professions de foi que l’Eglise a créé. La croyance en l'immortalité de l'âme relevait davantage du domaine de la raison que de celui de la foi. De plus, beaucoup de philosophes se déclaraient pour le Déisme qui est une conception selon laquelle Dieu a créé le monde il y a longtemps, et ne s'est pas manifesté depuis. Dieu se réduit donc à un « Être suprême » qui ne se révèle qu'à travers la nature et ses lois, et non de manière « surnaturelle ».

Les Droits de l'Homme

Les philosophes français du siècle des Lumières luttaient pour la reconnaissance des droits de chaque individu, du seul fait qu'il est né homme. C'est ce qu'on entend par droits « naturels » des citoyens. Ces droits sont relatifs à :

  • La liberté d'expression, dans le domaine de la religion, de la morale et de la politique. 
  • La lutte contre l'esclavage
  • L’adoucissement des traitements des criminels

La révolution de 1789 établissait un certain nombre de droits qui valaient pour tous les « citoyens » et adoptait le slogan de « Liberté, égalité, fraternité ». Le principe de l'« Inviolabilité de tout individu » est exposé à la fin de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen qui était rédigée par l'Assemblée nationale française en 1789. Les Nations Unies reposent sur les idéaux et les principes des philosophes français du siècle des Lumières.

  • Les Droits des Femmes
Sous la Révolution, les femmes ont participé au combat contre l'Ancien Régime. A Paris, plusieurs salons ont été tenus par des femmes qui revendiquaient les mêmes droits politiques que les hommes ainsi que des réformes concernant le mariage et le statut social de la femme. En 1787, le philosophe Condorcet a publié un écrit sur les droits des femmes, où il a déclaré que les femmes ont les mêmes « droits naturels » que les hommes. Cependant, après la révolution, la domination masculine habituelle revient à nouveau. Parmi les femmes qui luttaient pour l'égalité des droits entre hommes et femmes, on cite Olympe de Gouges qui en 1791 a publié une Déclaration sur les droits des femmes. Malheureusement, elle était guillotinée en 1793 et toute action politique était désormais interdite aux femmes. C’est seulement en  XIXe siècle qu'il y a eu un nouveau mouvement des femmes en France et dans toute l'Europe.

A suivre (Kant, Hegel, Kierkegaard, Marx, Darwin, Freud,..)


Rachida KHTIRA

Software Engineer at the Moroccan Ministry of Finance.
Interests: Reading, travel and social activities.

Monday, January 30, 2017

Le monde de Sophie – Partie 6


Partie VI. Les Empiristes

Contrairement à un rationaliste qui croit que la raison est à la source de la connaissance, un empiriste veut déduire toutes ses connaissances sur le monde de ce que ses sens lui transmettent. Tant dis que les rationalistes pensent que l’homme a certaines idées innées présentes dans la conscience et qui précèdent toute expérience, les empiristes pensent que si on a une représentation ou une idée qui n'a aucun lien avec des faits dont on a fait l'expérience, c'est alors une idée fausse. Les principaux empiristes étaient les trois anglais Locke, Berkeley et Hume, alors que les grands rationalistes du XVIIe siècle étaient le Français Descartes, le Hollandais Spinoza, et l’Allemand Leibniz. On parle alors de l’Empirisme anglais et du Rationalisme continental.

Locke

John Locke est un anglais qui  a vécu de 1632 à 1704. Son livre le plus important est intitulé « Essai sur l'entendement humain » paru en 1690. Ce livre discute d’une part l'origine des pensées et des représentations chez l'homme, et d’autre part le problème de la fiabilité des sens.

Pensée
Détails – Extraits du livre
Locke est convaincu que toutes les pensées et les images qu’on a dans la tête sont le fruit de diverses expériences. Avant de ressentir quelque chose, la conscience est vierge.
- Locke compare aussi la conscience avec une pièce sans meubles. Nous commençons à percevoir le monde autour de nous grâce à la vue, l'odorat, le goût, le toucher et l'ouïe. Les petits enfants sont imbattables sur ce point. De cette manière naissent ce que Locke appelle des idées sensorielles simples.
- Mais, la conscience n'accepte pas passivement les idées sensorielles simples, elle les confronte, les soumet à divers raisonnements, les met en doute, etc. De ce travail intellectuel surgissent ce que Locke appelait les idées réflexives. Locke opère une distinction entre la « perception » et la « réflexion ».
Locke souligne aussi que les sens permettent seulement d'accéder à des impressions simples.
Quand je mange une pomme par exemple, je ne vois pas la pomme comme un tout, mais j'ai une série d'impressions juxtaposées les unes aux autres : je perçois quelque chose de vert qui dégage une impression de fraîcheur et dont la saveur est un peu acide. Ce n'est qu'après avoir mangé une pomme plusieurs fois que je pourrai formuler clairement la pensée : je mange une « pomme ». Locke dit que nous avons obtenu une « vision synthétique » de la pomme.
Locke distingue dans le domaine des sens les qualités « primaires » des qualités « secondaires ».
Les qualités primaires des sens recouvrent le volume, le poids, la forme, le mouvement et le nombre des choses. Nous pouvons affirmer que nos sens nous renseignent utilement sur ces qualités. Mais nous disons aussi que quelque chose est sucré ou acide, vert ou rouge, chaud ou froid : c'est ce que Locke appelle les qualités secondaires des sens. Et ces impressions telles que la couleur, l'odeur, le goût ou le son, ne sont pas des qualités immanentes aux choses. Elles ne reflètent que l'effet produit sur nos sens.
- Locke rejoint Descartes en reconnaissant qu'il existe certaines qualités que la raison de l'homme peut appréhender.
- Locke affirme que la raison humaine porte en elle l'idée de Dieu.
- Locke ouvre la voie à un savoir intuitif ou « démonstratif ». Certaines règles morales fondamentales valent selon lui pour tous. Il se fit le chantre de ce qu'on a appelé le droit naturel, ce qui est un trait du rationalisme.
- L'idée de Dieu n'est pas pour lui une question de foi, mais de raison inhérente à l'homme.
Locke s'intéressait également à l'égalité entre les sexes.
Il pensait en effet que la position subordonnée de la femme par rapport à l'homme n'était pas une donnée de la nature, mais bien le fait des êtres humains.
Locke avait insisté sur la nécessité d'une séparation entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif pour éviter la tyrannie.
Pour fonder un État sur le droit, il faudrait selon Locke que les représentants du peuple rédigent les lois et laisser le roi ou le gouvernement les mettre en application.


Hume

David Hume  est un anglais qui a vécu de 1711 à 1776. Hume grandit en Ecosse dans les environs d'Edimbourg. Sa famille voulait qu'il devienne un homme de loi, mais lui prétendait qu'il «sentait une aversion irrésistible envers tout ce qui n'était pas philosophie ou culture générale». Il passa une grande partie de sa vie à voyager en Europe avant de s'établir à Edimbourg. Il avait vingt-huit ans quand son livre: « Traité de la nature humaine »  a été publié. Hume voulait mettre de l'ordre dans les concepts et les constructions intellectuelles des précédents philosophes, car on trouvait à cette époque aussi bien des croyances héritées du Moyen Âge que les pensées des rationalistes du xvIIe siècle. Il disait : « aucune philosophie ne pourra nous mener au-delà des expériences quotidiennes ou nous donner des règles de conduite différentes de celles qu'une réflexion sur la vie de tous les jours nous permet de trouver ».

Pensée
Détails – Extraits du livre
Hume distingue deux types de représentations chez l'homme : les impressions et les idées. Les « impressions » sont les perceptions vives et immédiates du monde extérieur tandis que les « idées » sont les souvenirs attachés à ces impressions.
Si tu te brûles à un poêle trop chaud, tu ressens une « impression » immédiate. Par la suite, tu vas y repenser et c'est ce que Hume appelle une «idée». Avec cette différence que l'impression est beaucoup plus forte que le souvenir après coup. Autrement dit, l'impression des sens est originale alors que le souvenir n'est qu'une pâle copie, car l'impression est la cause directe de l'idée qui va se nicher dans la conscience.
Hume explique qu'une impression ou une idée peut être soit simple soit associative.
Tu te souviens que nous avons parlé d'une pomme à propos de Locke en disant que cette pomme était justement une « association d'impressions ». Nous pouvons aussi affirmer que la pomme est une « idée associative ».
Hume s'attaquait à toutes les représentations pour les décomposer en impressions simples et voir si elles correspondent à quelque chose de réel. Hume voulait montrer qu’ils existent des idées sans qu'elles correspondent à quelque chose de réel. Contrairement à Descartes qui affirmait qu'une idée « claire et distincte » correspondait obligatoirement à quelque chose de réel.
Il était communément admis à l'époque de Hume que les anges existaient. Qui dit ange veut dire un corps masculin avec des ailes. Selon Hume, l'« ange » est une « association d'idées ». Deux expériences différentes dans la réalité se trouvent arbitrairement réunies par l'imagination de l'homme. En d'autres termes, c'est une représentation fausse comme tant d'autres dont il faut se débarrasser au plus vite.
Hume pensait que le faite que nous voyons en Dieu un être infiniment « intelligent et bon », n’est qu’une association d'idées avec d'un côté quelque chose d'intelligent et de l'autre quelque chose de bon.
Si nous n'avions su ce qu'était l'intelligence ou la bonté, nous n'aurions pu forger un tel concept de Dieu. Hume disait : « Si nous prenons en main n'importe quel livre sur la conception de Dieu ou la métaphysique, nous devrions nous poser la question : contient-il le moindre raisonnement abstrait concernant la grandeur ou le nombre? Non. Contient-il le moindre raisonnement fondé sur l'expérience concernant les faits et l'existence? Non. Alors jetons-le aux flammes, car il ne peut contenir que des élucubrations de sophistes et des rêveries avortées. »
Hume refuse le faite de démontrer l'immortalité de l'âme ou l'existence de Dieu. Selon lui, fonder la foi religieuse par la raison humaine relevait de l'hérésie rationaliste. Hume n'était pas chrétien, mais il n'était pas non plus athée. Il était un agnostique : Il ne sait si Dieu existe.
Il ne reconnaissait comme vrai que ce qu'il avait perçu comme tel par ses propres sens. Il laisse sinon le champ ouvert à toutes les hypothèses. Il ne rejetait pas la foi chrétienne ou la croyance aux miracles. Mais dans les deux cas il est question de foi et non de savoir ou de raison.
Hume dit que la représentation du moi est une collection de divers contenus de conscience qui se succèdent à toute vitesse et qui changent et bougent constamment.
Nous n'avons donc pas de personnalité de base où viendraient s'inscrire et s'enchaîner par la suite toutes les émotions et les concepts. Le sentiment d'avoir un noyau de personnalité irréductible et immuable est donc illusoire. La représentation du moi est en fait une longue chaîne d'impressions isolées que tu n'as pas vécues simultanément.
Hume pense que les prétendues « lois naturelles» comme la « loi de cause à effet » relèvent de l'habitude et ne sont aucunement fondées sur la raison. Nous ne naissons pas avec des idées préconçues sur la bonne marche du monde. Le monde se présente à nous tel qu'il est et nous le découvrons jour après jour grâce à nos sens.
Dans le lien de cause à effet, on peut citer le phénomène de l'orage où beaucoup s'imaginent que l'éclair est la cause du tonnerre parce que le tonnerre a toujours quelques secondes de décalage avec l'éclair. Cependant,  l'éclair et le tonnerre se produisent simultanément parce que tous deux sont le résultat d'une décharge électrique. Ainsi on voit qu'en réalité c'est un troisième facteur qui est la cause de ces deux phénomènes.
Hume soutient que ce n'est pas la raison qui détermine ce que nous disons ou faisons mais ce sont nos sentiments contrairement à la pensée rationaliste selon laquelle la différence entre le bien et le mal est inscrite dans la raison de l'homme.
Après des inondations catastrophiques, n'est-ce pas seul notre cœur qui nous pousse à agir pour secourir les populations sinistrées? Si nous n'avions pas de sentiments et laissions parler notre « raison froide », ne pourrions-nous pas penser qu'au fond ce n'était pas une si mauvaise chose, puisque ça supprime des millions de gens dans un monde déjà menacé par la surpopulation?


Berkeley

George Berkeley était un évêque irlandais qui a vécu de 1685 à 1753. Berkeley ne se contente pas de mettre en doute la réalité matérielle, mais aussi le temps et l'espace qui selon lui n'ont absolument pas d'existence indépendante. Notre perception du temps et de l'espace est quelque chose qui n'existe que dans notre conscience.

Pensée
Détails – Extraits du livre
Berkeley pensait que les choses ne sont pas des « choses ». Mais elles sont exactement comme nous les percevons. Selon Berkeley, la seule chose qui existe est ce que nous percevons.
Contrairement à  Locke qui avait insisté sur le fait que nous ne pouvons rien dire sur les qualités secondaires des choses. Nous pouvons affirmer qu'une pomme est verte et acide, mais cela n'engage que nous. Par contre les qualités primaires telles que la masse, le volume et le poids appartiennent réellement au monde extérieur qui, lui, a une « substance » physique.
Locke pensait à la suite de Descartes et Spinoza que le monde physique est une réalité.
Berkeley prétendait que toutes nos idées ont une cause extérieure à notre propre conscience, mais cette cause est de nature spirituelle et non matérielle.
Selon Berkeley, seul Dieu est la cause des idées qui déterminent notre monde matériel. Tout découle de l'esprit « qui agit en toute chose et en quoi toute chose consiste », disait-il.
Berkeley affirme avec certitude l'existence de Dieu. Ce dernier est la clé de son système au sens où l'existence de Dieu est le seul moyen d'assurer la vérité de nos perceptions, en l'absence de réalité matérielle extérieure avec laquelle nos perceptions pourraient s'accorder.
Berkeley disait que « nous pouvons même affirmer que l'existence de Dieu est beaucoup plus clairement perçue que celle des hommes ».
Tout ce que nous voyons et sentons est « une conséquence de la puissance de Dieu », rappelait Berkeley. Car Dieu est « intimement présent dans notre conscience et fait surgir toute cette multitude d'idées et de perceptions auxquelles nous sommes sans cesse exposés ». Le monde entier ainsi que toute notre existence reposent entre les mains de Dieu. Il est l'unique cause de tout ce qui est.

A suivre …


Rachida KHTIRA

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Thursday, December 29, 2016

Le monde de Sophie - Partie 5

La jeune fille à la perle du peintre néerlandais baroque Johannes Vermeer


Partie V. Le Baroque

Le terme « baroque » vient d'un mot portugais qui signifie une « perle irrégulière ». Elle désigne en fait l’époque du XVIIe siècle.

A. Les caractéristiques

La vie
Tout comme durant l’époque de la Renaissance, on assiste à une glorification de la vie, mais en même temps on assiste à une négation de la vie et à l’incitation des monastères à se retirer du monde. Le baroque était caractérisé par la vanité. Mais, parallèlement, beaucoup étaient obsédés par le caractère éphémère de la vie. C'est-à-dire que toute la beauté est condamnée à disparaître un jour.

La politique
Le baroque a connu de grands conflits entre les protestants et les catholiques. Mais qui avaient effectivement un arrière-plan politique. En Europe, plusieurs guerres se sont déclenchées. La plus dure d’entre elles était la guerre de Trente Ans qui a dévasté des régions entières de 1618 à 1648. Suite à ces guerres, la France est devenue la première puissance européenne.

Le théâtre
La phrase la plus fameuse de l’époque était « la vie est un théâtre ». Le théâtre moderne était créé avec ses coulisses et sa machinerie. En fait, le théâtre représentait la vie humaine, donnait une image impitoyable de la condition misérable de l'homme ainsi que l'orgueil qui se retourne contre son héros. Shakespeare avait écris ses plus grands drames autour de 1600. L'idée que la vie est un théâtre se retrouve dans toute son œuvre. Dans la comédie « As you like it » (Comme il vous plaira), il écrit : Le monde entier est une scène, Hommes et femmes, tous, n'y sont que des acteurs, Chacun fait ses entrées, chacun fait ses sorties, Et notre vie durant, nous jouons plusieurs rôles.

La littérature
Les poètes baroques comparaient la vie à un rêve :
  • Le poète espagnol Calderôn de la Barca, qui naquit en 1600, a écrit une pièce intitulée « La vie est un songe » où il dit : « Qu'est-ce que la vie? Une folie. Qu'est-ce que la vie? Une illusion, une ombre, une fiction et le bien suprême a peu de valeur car la vie tout entière n'est qu'un rêve... »
  • Ludwig Holberg, en Scandinavie, est une grande figure de la littérature, à cheval entre le baroque et le siècle des Lumières, dans la pièce « Jeppe sur la montagne », a écrit : « Jeppe s'endort dans une grotte... et se réveille dans le lit du baron. Il s'imagine alors qu'il a seulement rêvé qu'il était un pauvre paysan vagabond. On le transporte endormi dans sa grotte et il se réveille à nouveau. Et là il croit qu'il a rêvé avoir dormi dans le lit du baron. ».

La philosophie
Cette époque était marquée par la coexistence de deux différents modes de pensée qui sont l'idéalisme et le matérialisme :
  • Le philosophe anglais Thomas Hobbes était un matérialiste selon lequel tous les phénomènes, ainsi que les hommes ou les animaux, étaient constitués exclusivement de particules de matière. Même la conscience de l'homme ou l'âme de l'homme était due aux mouvements de minuscules particules dans le cerveau.
  • Newton avait expliqué que les mêmes lois physiques comme la pesanteur et le mouvement des corps s'appliquaient en tout point de l'univers. Le monde entier est régi par la même mécanique qui obéit à des principes inviolables. Newton a donné la dernière touche à ce que l'on appelle l’image mécanique du monde.
  • Le médecin et philosophe français La Mettrie écrivit vers le milieu du XVIIIe siècle un livre intitulé « L'Homme machine » où il disait que tout comme la jambe possède des muscles pour marcher, le cerveau a des « muscles » pour penser.
  • Le mathématicien français Laplace disait : « Si une intelligence avait connu la situation de toutes les particules de matière à un moment donné, rien ne serait incertain et le passé comme l'avenir s'offriraient à ses yeux ». L'idée est que tout ce qui se passe est décidé à l'avance : « Les jeux sont faits. ». Cette conception du monde s'appelle le déterminisme. Ainsi, tout n'est que le résultat de processus mécaniques, même nos pensées et nos rêves.
  • Leibniz, un grand philosophe du XVIIe siècle, fit remarquer que la différence entre la matière et l'esprit est que : le matériel peut se décomposer à l'infini alors qu'on ne peut couper une âme en deux.
Cependant, ni Hobbes ni Newton ne voyaient de contradiction entre l'image mécanique du monde et leur foi en Dieu. Cela est vrai pour tous les matérialistes des XVIIe et XVIIIe siècles.

B. Les rationalistes

Les deux plus grands philosophes du XVIIe siècle étaient Descartes et Spinoza. Ils étaient des rationalistes.

Descartes
Cogito ergo sum
« Je pense, donc je suis. »

René Descartes est née en 1596 en France et a voyagé à travers toute l'Europe. Tout comme Socrate, il a passé sa vie à s'entretenir avec ses concitoyens. Il voulait chercher une connaissance qu'il trouverait soit en lui-même soit dans « Le grand livre du monde ». Pour cela, il a rejoint l'armée et a séjourné dans diverses villes du centre de l'Europe. Il a vécu quelques années à Paris, puis il est parti en 1629 pour la Hollande où il a travaillé presque vingt années à ses écrits philosophiques. En 1649, il a été invité en Suède par la reine Christine où il est décédé en 1650 à cause d’une pneumonie. Descartes, tout comme Socrate, Platon et Saint Augustin était un rationaliste. Pour lui, la raison était le seul fondement sûr de la connaissance. Descartes a exercé une influence déterminante pour la philosophie. Il était le premier à construire un véritable système philosophique, comme l’ont fait par la suite Spinoza, Locke, Berkeley, Hume et Kant. Son ultime but était de parvenir à des connaissances sûres au sujet de la nature de l'homme et de l'univers. Cependant, les études de philosophie qu'il avait suivies ont fini de le convaincre de sa parfaite ignorance.

Pensée
Détails – Extraits du livre
Descartes cherchait à atteindre la connaissance par des idées claires et distinctes. En effet, il voulait trouver une méthode exacte et fiable concernant la réflexion philosophique tout comme la nouvelle science de la nature avait une méthode qui permettait de rendre compte des phénomènes naturels avec une grande exactitude.
- Dans le Discours de la méthode, Descartes pose le problème de la méthode philosophique à suivre pour résoudre un problème d'ordre philosophique. Il voulait appliquer une « méthode mathématique » pour prouver la vérité de certaines idées philosophiques comme s'il s'agissait de démontrer un théorème mathématique.
- Pour trouver la vérité quant à la nature de l'existence, il commence par douter de tout. Descartes voulait partir de zéro et ce doute fondamental était sa première et unique certitude.
- Ainsi, s'il doute, il doit aussi être sûr qu'il pense, et s'il pense, il doit donc être un être pensant. Descartes comprend que ce « je » pensant est plus réel que le monde matériel perçu par nos sens.
Nous avons une idée d'un être parfait et que cet être doit exister puisque nous l'imaginons.
- En effet, cet être ne serait pas parfait s'il n'existait pas. Nous ne saurions en outre imaginer un tel être s'il n'existait pas, puisque nous sommes imparfaits et incapables de concevoir l'idée de la perfection.
- Cela est pour Descartes aussi vrai que dans l'idée du cercle le fait que tous les points de la circonférence sont à équidistance du centre. Tu ne peux pas parler d'un cercle si cette condition n'est pas remplie. De la même façon, tu ne peux pas parler de l'être parfait s'il lui manque la plus importante de toutes les qualités, à savoir l'existence.
- Selon Descartes, l'idée de Dieu est innée, elle est inscrite dans notre nature « comme un tableau porte la signature de l'artiste ».
- Comme Socrate et Platon, il estimait qu'il y avait un lien entre la pensée et l'existence. Plus quelque chose est éclairant pour la pensée, plus on est sûr de son existence.
La réalité extérieure possède des qualités reconnues avec la raison.
- Il s'agit des rapports mathématiques, c'est-à-dire ce qu'on peut mesurer en longueur, largeur et profondeur. Ces qualités d'ordre « quantitatif » sont aussi claires et distinctes pour la raison que le fait d'être un sujet pensant. La nature n'est donc pas un rêve.
- En revanche, les attributs d'ordre « qualitatif » tels que la couleur, l'odeur et le goût sont liés à notre appareil sensoriel et ne décrivent pas au fond la réalité extérieure.
Descartes est dualiste, c'est-à-dire qu'il distingue radicalement la réalité spirituelle de la réalité matérielle. En effet, Descartes affirme qu'il existe deux différentes formes de réalité ou deux « substances ». La première substance est la pensée ou l'« âme », l'autre est l'étendue ou la « matière ».
- L'âme est consciente d'elle-même, elle ne prend pas de place et ne peut par conséquent pas se diviser en plus petites parties.
- La matière au contraire s'étend, elle occupe une place dans l'espace et peut indéfiniment se subdiviser, mais elle n'est pas consciente d'elle-même.
- Selon Descartes, ces deux substances découlent de Dieu, car seul Dieu existe de manière indépendante. Cela dit, ces deux substances sont tout à fait indépendantes l'une de l'autre. La pensée est entièrement libre par rapport à la matière et inversement : les processus matériels peuvent se produire indépendamment de la pensée.
Seul l'homme a une âme ; les animaux appartiennent à la réalité matérielle puisque leur vie et leurs mouvements sont soumis à des lois mécaniques. Descartes considérait les animaux comme des sortes d'automates perfectionnés.
- Descartes trouvait que le corps de l'homme était une mécanique sophistiquée, tandis que son âme pouvait vivre indépendamment du corps. Les phénomènes corporels ne jouissent pas d'une telle liberté, ils suivent leurs propres lois.
- Ce que nous pensons avec notre raison n'a pas d'incidence sur le corps, mais sur l'âme affranchie des contraintes spatiales. Aussi longtemps que l'âme habite un corps, elle est liée à lui grâce à une glande spéciale dans le cerveau. Le but est de laisser la raison diriger le jeu.
- Nos jambes finissent par ne plus pouvoir nous porter, notre dos s'arrondit et nous perdons nos dents sans pour autant que 2+2 cessent de faire 4 et cela aussi longtemps que nous serons doués de raison. Car la raison ne peut vieillir et s'avachir comme notre corps. Pour Descartes, la raison elle-même est l'« âme ».


Spinoza

Baruch Spinoza est un philosophe hollandais qui est né le 1632 et est décédé en 1677. Il appartenait à la communauté juive d'Amsterdam, mais a été constamment insulté et poursuivi et il a été l'objet d'une tentative de meurtre parce qu’il critiquait la religion. Il était le premier à adopter une perspective de « critique historique » à propos de la Bible. Selon lui, il y a une série de contradictions entre les différents textes dans le Nouveau Testament. Par exemple, on trouve que Jésus que l'on peut appeler le porte-parole de Dieu invitait justement à se détacher d'un judaïsme devenu borné et limité. Mais en même temps, le christianisme lui aussi s'enferra rapidement dans des dogmes rigides et des rituels dénués de sens. A cause de cela, Spinoza a été rejeté par sa propre famille malgré qu’il encourage la liberté d'expression et la tolérance religieuse. Il a mené une vie retirée, entièrement consacrée à la philosophie. Son ouvrage majeur est intitulé « l'Éthique[1] démontrée suivant l'ordre géométrique ». Pour gagner sa vie, il taillait des verres optiques.

[1] Pour les philosophes, l'éthique est la doctrine des principes de la morale pour mener une vie heureuse.

Pensée
Détails – Extraits du livre
Il n'y a qu'une seule substance à l'origine de tout. C'est la Substance, ce qu'il appelle aussi Dieu ou la nature. Spinoza réfute la distinction que faisait Descartes entre deux substances : la pensée et l'étendue.
- Pour Descartes aussi, seul Dieu est à l'origine de lui-même. Ce n'est que lorsque Spinoza assimile Dieu à la nature ou la nature à Dieu qu’il s'éloigne de Descartes. Avec la Substance, Dieu ou la nature, il entend tout ce qui existe, même ce qui est d'ordre spirituel.
- Selon lui, il y a deux qualités ou formes d'apparitions de Dieu, à savoir les attributs de Dieu, qui sont la « pensée » et l'« étendue » que Descartes avait déterminées. Il se peut que Dieu ait infiniment plus d'attributs que ces deux-là, mais ce sont les seuls auxquels les hommes aient accès.
- Toutes les choses et les événements de notre vie quotidienne, que ce soit une fleur ou un poème sur cette même fleur, sont différents modes de la Pensée ou de l'Étendue. Une fleur est un mode de l'attribut de l'Étendue comme le poème sur cette même fleur est un mode de l'attribut de la Pensée. Ainsi chaque créature particulière apparaît-elle comme un mode de Dieu.
Dieu est la cause immanente de tout ce qui arrive. Il n'est pas une cause extérieure, car Dieu ne se manifeste que par ces lois naturelles.
- Dieu n'est pas un montreur de marionnettes qui tire sur les ficelles en décidant de ce qui va se passer. Au contraire, tout dans le monde se produit par nécessité. Spinoza avait une conception déterministe de la vie sur terre.
- Tout comme les stoïciens qui eux aussi avaient affirmé que tout se produisait dans le monde par nécessité. D'où l'importance de faire face aux événements en gardant un « calme stoïque ». Il ne fallait surtout pas se laisser emporter par ses émotions.
Seul Dieu ou la nature est capable de s'épanouir tout à fait librement. Un être humain peut lutter pour conquérir une liberté qui le délivre de contraintes extérieures, mais il ne jouira jamais d'une « libre volonté ».
Comment pourrions-nous décider de tout ce qui se passe dans notre corps, qui n'est lui-même qu'un mode de l'attribut de l'Étendue?
De la même façon, nous ne « choisissons » pas ce que nous pensons non plus.
L'homme n'a donc pas une « âme libre » qui serait prisonnière d'un corps mécanique.

A partir du XVIIIe siècle, la pensée rationaliste va être battue par ce qu'on a appelé l'Empirisme. Les principaux empiristes ou philosophes de l'expérience étaient les trois anglais Locke, Berkeley et Hume.

A suivre …


Rachida KHTIRA

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