Thursday, April 27, 2017

Le monde de Sophie – Partie 9



IX. Le Romantisme

La période romantique a commencé en Allemagne à la fin du xvIIIe siècle et a continué jusqu'au milieu du xixe siècle comme réaction du sentiment contre la raison. Les nouveaux mots d'ordre étaient « sentiment », « imagination », « expérience » et « nostalgie ». De nombreux romantiques se considéraient comme des descendants de Kant qui a différencié entre « la chose en soi » et la « la chose pour moi ». Ainsi, chacun pouvait redéfinir à sa guise son rapport au monde et donner sa propre interprétation du réel.

L’Art

L’un des traits communs entre la Renaissance et le Romantisme est la place privilégiée accordée à l’art comme moyen de connaissance. Avant les romantiques, Kant s'était interrogé sur l'origine du ravissement de l’homme face à quelque chose de très beau comme par exemple une œuvre d'art. Selon lui, la contemplation esthétique approche l’homme de l'expérience de la « chose en soi » parce que, ainsi, il déborde du strict cadre de la raison. Pour Kant, l'artiste aussi exerce librement, sa faculté de connaissance et joue avec elle.

Pour les romantiques, seul l'art permet de cerner « l'indicible ». Ainsi, l'artiste peut faire passer des messages que les philosophes sont incapables d'exprimer. Une des idées novatrices de ce mouvement était le concept de «génie artistique» qui est irrationnel, subjectif, créatif, animé par l’inspiration divine, l’intuition et les passions. Et ce, contrairement aux artistes des Lumières qui étaient disciplinés par la raison, les codes et les conventions. Tout cela a donné naissance à une nouvelle conception de l'art, qui exige une liberté absolue de création et d'imagination individuelle et qui refusait les contraintes imposées par les règles et les traditions. Beethoven est un exemple des artistes romantiques. Sa musique traduit les émotions et les désirs d'un être humain. Il s'oppose ainsi aux grands maîtres de la musique baroque comme Bach et Haendel, qui composaient en l'honneur de Dieu et d'après des règles souvent assez strictes.

Nostalgie, amour impossible et oisiveté

Les romantiques voulaient retrouver la trace de cultures plus lointaines, comme la culture et la mystique orientales. Ils se sentaient attirés par la nuit, les lueurs crépusculaires, les ruines et le surnaturel...

Chez les romantiques, on trouve aussi l'amour impossible. Par exemple, dans le roman « les Souffrances du jeune Werther » de Goethe publié en 1774, le jeune Werther qui ne peut obtenir celle qu'il aime se suicide à la fin. A l’époque du romantisme, le suicide était à la mode.

Les romantiques aussi considéraient l’oisiveté comme l'idéal du génie et la paresse comme la vertu du romantique. Ils pensaient qu’il fallait faire toutes sortes d'expériences et rêver pour s'échapper du monde réel. Pour eux, la routine, c'était bien assez bon pour les petit-bourgeois.

L’âme du monde ou l’esprit du monde

Le romantisme se caractérisait par la nostalgie d'une nature sauvage et mystique. Ce mouvement considérait la nature comme un tout. Ainsi pour les romantiques, la philosophie, les sciences expérimentales et la littérature faisaient partie d'un grand tout.

Contrairement à Descartes et Hume qui avaient distingué entre le moi du sujet et l'« étendue » de la réalité,  ainsi que Kant qui a séparé entre le « moi connaissant » et la nature « en soi ».  Les romantiques s'inscrivaient dans la tradition de Spinoza, de Plotin et des philosophes de la Renaissance comme Jacob Böhme et Giordano Bruno qui étaient panthéistes et ont affirmé avoir fait l'expérience d'un « moi » divin au sein de la nature. Dans ce sens, la nature était conçue par les romantiques comme un organisme vivant. Ils utilisaient l'expression l'« âme du monde » ou l'« esprit du monde » :
- Le premier grand philosophe romantique est Friedrich Wilhelm Schelling. Il a vécu de 1775 à 1854 et a affirmé que la nature n'était selon lui que l'expression d'un absolu ou de l'« esprit du monde ». Schelling disait : « La nature est l'esprit visible, l'esprit la nature invisible». Pour lui, la nature et la conscience de l'homme sont simplement deux formes d'expression de la même chose. On peut donc chercher l'« esprit du monde » aussi bien dans la nature qu'en soi-même.
- Novalis qui était un des génies romantiques, a déclaré que « le chemin mystérieux va vers l'intérieur ». Il entendait par là que l'homme porte tout l'univers en lui et que c'est en plongeant à l'intérieur de soi-même que l'homme peut ressentir le mystère du monde.
- Le philosophe allemand Johann Gottlieb Fichte qui a vécu de 1744 à 1803, expliquait que la nature n'est que l'émanation d'une instance supérieure qui prend inconsciemment cette forme.

Le romantisme et l’histoire

Selon Johann Gottfried Herder, le cours de l'histoire n’était que le résultat d'un processus visant à un but bien défini. Il avait une conception « dynamique » contrairement à la conception « statique » des philosophes des Lumières. Herder pensait que chaque peuple à une époque donnée avait sa spécificité, ce qu'il appelle l'« âme du peuple ». Toute la question est de connaitre notre capacité de nous transposer dans ces différentes cultures. Le romantisme a contribué ainsi à renforcer l'identité culturelle de chaque nation.

Les formes du romantisme

On distingue deux formes de romantisme :
1. Le romantisme universel et qui fait référence à la conception de la nature, à l'âme du monde et au génie artistique et qui s’est développé surtout à Iéna en Allemagne, vers 1800.
2. Le romantisme national qui a surgi des années plus tard à Heidelberg. Les romantiques nationaux s'intéressaient surtout à l'histoire, à la langue du « peuple », c'est-à-dire à tout ce qui relevait de la culture « populaire ». Car le peuple aussi était considéré comme un organisme devant développer ses possibilités internes, tout comme la nature ou l'histoire.
Ce qui relie ces deux aspects du romantisme :
- La notion d'organisme : Tout, que ce soit une plante, le peuple, un poème, la langue ou la nature tout entière, était considéré comme un organisme vivant.
- L'esprit du monde : cette notion était aussi présente dans la culture populaire que dans la nature et l'art. On a redécouvert les anciens mythes et les poèmes païens afin de rapprocher la littérature populaire de la littérature dite savante. Par exemple, À Heidelberg, on avait rassemblé des airs et des contes populaires comme les Contes des frères Grimm qui rassemblent les histoires de Blanche-Neige, le Petit Chaperon rouge, Cendrillon, Hänsel et Gretel... Des compositeurs se mirent à introduire des airs populaires dans leur musique, tentant par ce moyen de rapprocher la musique populaire de la musique dite savante c'est-à-dire composée selon des règles bien précises.


Rachida KHTIRA

Software Engineer at the Moroccan Ministry of Finance.
Interests: Reading, travel and social activities.

Friday, March 31, 2017

Le monde de Sophie – Partie 8


VIII. Kant

Emmanuel Kant est né en 1724 en Prusse Orientale à Königsberg (aujourd'hui Kaliningrad) où il a vécu presque toute sa vie. Kant était protestant,  son éducation piétiste rigoureuse a influencé sur toute sa philosophie. Selon lui, il était essentiel de sauver les fondements de la foi chrétienne. Kant était ce qu’on peut appeler philosophe professionnel, ce qui signifie qu’il maitrisait les autres pensées philosophiques et il les enseignait à l'Université. Mais en même temps il a fondu sa propre conception. Dans ce sens, Kant a réussi à sortir la philosophie de l'impasse où elle se trouvait avec la querelle entre les rationalistes d'un côté et les empiristes de l'autre. Il est décédé à l'âge de quatre-vingts ans. Sur sa tombe à Königsberg est gravée une de ses plus célèbres maximes : « Deux choses ne cessent de remplir mon cœur d'admiration et de respect plus ma pensée s'y attache et s'y applique : le ciel étoile au-dessus de ma tête et la loi morale en moi. »

Pensée
Détails – Extraits du livre
Kant pense que les sens et la raison jouent toutes les deux un grand rôle dans la découverte du monde, mais il pense aussi que les rationalistes accordent trop de pouvoir à la raison et que les empiristes se limitent trop à leurs expériences sensibles.
Que l'expérience de nos sens soit à l'origine de toute connaissance, cela il l'admet volontiers à la suite des empiristes, mais il ajoute que notre raison seule possède les conditions requises pour analyser comment nous percevons le monde.
Kant pense que la raison dispose de certaines facultés qui déterminent toutes nos expériences sensibles.

Il insiste sur le fait que le temps et l'espace sont des éléments constitutifs de l'homme et qu’ils sont des structures intuitives qui ne relèvent pas du monde.
Quelle que soit notre expérience sensible, elle s'inscrit obligatoirement dans l'espace et le temps. Kant appelait  l'« espace » et le « temps » les deux « formes à priori » de la sensibilité de l'homme, c'est-à-dire qu'elles précèdent toute expérience. Cela signifie que nous savons à l'avance que toute expérience sera inscrite dans le temps et l'espace.
Selon Kant, la conscience de l'homme n'est pas une feuille blanche où s'inscriraient de façon « passive » les impressions de nos sens. C'est au contraire une instance éminemment active, puisque c'est la conscience qui détermine notre conception du monde.

Kant affirmait que si la conscience est formée à partir des choses, les choses à leur tour sont formées à partir de la conscience. Ce dernier point était considéré comme la « révolution copernicienne » dans le domaine de la connaissance.
Tu peux comparer avec une carafe d'eau : l'eau vient remplir la forme de la carafe. De la même façon, nos perceptions se plient à nos deux « formes à priori » de la sensibilité.
Pour Kant, il n'y a aucun doute que  nous portons la loi de causalité en nous.
Il admet que l’homme ne peut avoir aucune certitude sur la vraie nature du monde « en soi ». Il peut seulement connaître comment le monde est « pour moi ». Ce point est le point essentiel de la philosophie de Kant.

Pour Hume, il était impossible de sentir ou de démontrer ces lois naturelles. Pour Kant, ces lois existent puisque c'est notre faculté de connaître qui organise la connaissance, et non point les objets qui la déterminent.
Tu te rappelles ce que Hume prétendait : l'habitude seule nous fait croire à un enchaînement logique des phénomènes dans la nature. Kant, lui, considère justement comme une qualité innée de la raison ce qui chez Hume était indémontrable. La loi de causalité prévaudra toujours, tout simplement parce que l'entendement de l'homme considère chaque événement dans un rapport de cause à effet.
Selon Kant, d'un côté nous avons les éléments extérieurs que nous ne pouvons pas connaître avant d'en avoir fait l'expérience et c'est ce que nous appelons la matière de la connaissance. D’un autre côté, nous avons les caractéristiques de la raison humaine, comme par exemple de concevoir chaque événement dans l'espace et le temps ou encore de le situer dans un rapport de cause à effet : c'est ce qu'on peut appeler la forme de la connaissance.
Imagine-toi un chat couché dans le salon. Une balle se met à rouler à travers la pièce. Que va faire le chat à ton avis ?
— Oh ! c'est très simple : le chat va courir après la balle. D'accord. Imagine maintenant que c'est toi qui es dans la pièce. Aurais-tu eu la même réaction que le chat?
 — Non, je pense que je me serais d'abord retournée pour voir d'où venait la balle.
 — Parce que tu es un être humain, tu es portée à t'interroger sur la cause de chaque événement. La loi de causalité est inhérente à la constitution de l'être humain.
Mais Kant dit bien que la raison n'est pas complètement développée chez un petit enfant avant qu'il n'ait vraiment un grand champ d'expérience à sa disposition.
Kant pensait que l’homme est incapable de trouver des réponses à certaines questions à savoir si l'homme a une âme immortelle, s'il existe un dieu, si la nature est constituée de minuscules particules ou encore si l'univers est fini ou infini...


Quand nous nous interrogeons sur l'origine du monde et hasardons des hypothèses, la raison tourne en quelque sorte à vide, car nous ne disposons pas de « phénomènes » sensibles à proprement parler ou d'expériences auxquelles se référer. Nous ne pouvons jamais faire l'expérience de la totalité qui nous englobe. Nous ne sommes pour ainsi dire qu'une partie de la balle qui roule sur le sol sans pouvoir savoir d'où elle vient. Mais notre esprit est ainsi fait que nous ne pouvons nous empêcher de nous interroger sur l'origine de la balle et sur toutes sortes de problèmes même si nous n'avons pas grand-chose de concret à nous mettre sous la dent.
Kant a ouvert la voie à une nouvelle dimension religieuse : La foi remplace l'expérience pour certaines questions.

Il était selon lui nécessaire à la morale de l'homme de présupposer que l'homme a une âme immortelle, qu'il existe un dieu et que l'homme a un libre arbitre. Contrairement  à Descartes, Kant précise bien que c'est la foi qui l'a amené à ces conclusions et non la raison.

Pour lui, la foi en une âme immortelle, en l'existence de Dieu et le libre arbitre de l'homme sont des postulats pratiques.

Pour prouver l'existence de Dieu, les rationalistes, Descartes en tête, tentent de démontrer son existence en disant que nous avons l'idée d'un « être parfait », tandis que d'autres comme Aristote et saint Thomas d'Aquin voient en Dieu la première cause de toutes choses.
Kant rejetait ces deux preuves de l'existence de Dieu. Jamais l'expérience ne peut nous fournir le moindre fondement pour affirmer que Dieu existe ou non.
Pour Kant, tous les hommes sont dotés d'une raison pratique qui leur permet en toute occasion de distinguer le bien du mal sur le plan de la moralité.
Hume déclara qu'il était impossible de démêler le vrai du faux, puisque ce qui « est » n'implique pas ce qui « doit être ». Selon lui, pas plus notre raison que notre expérience sensible ne nous permettent de distinguer le vrai du faux. Pour lui, c'était une pure question de sentiments.

Par contre, Kant a toujours ressenti que la distinction entre le bien et le mal recouvrait quelque chose de réel. Il rejoignait en cela les rationalistes pour qui la raison permettait de faire le tri. Tous les hommes savent ce qui est bien et ce qui est mal, et nous le savons, non parce que nous l'avons appris mais parce que c'est inscrit dans notre raison.
Selon Kant, tous les hommes ont accès à la même loi morale universelle qui constitue  le fondement de notre vie morale qui  vaut pour tous les hommes quelle que soient leur époque et leur société.

Kant pense que cette loi morale est « catégorique », c'est-à-dire qu'elle vaut pour toutes les situations et qu'elle est « impérative », c'est-à-dire qu'elle donne un ordre auquel on ne peut qu'obéir.

Kant formule cette loi morale de différentes manières
-   Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle.
-   Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen.
-       La loi morale est pour Kant aussi absolue et universelle que le principe de causalité, par exemple. La raison est impuissante à la démontrer, mais elle n'en reste pas moins incontournable. Personne ne peut le nier.
-       Quand Kant décrit la loi morale, il décrit la conscience de l'homme. Nous ne pouvons pas démontrer ce que nous dit notre conscience morale, mais nous le savons malgré tout parfaitement bien.
-       Quand je fais quelque chose, je dois donc désirer que tous les autres dans une même situation aient la même attitude que moi
-       Nous ne devons pas « utiliser » les autres pour essayer d'en tirer un profit personnel.
Selon Kant, il y a une éthique du devoir. Ainsi,  pour mériter le terme d'action morale, il faut que ce soit le résultat d'une victoire sur soi-même. Il faut sentir que c'est son devoir d'agir de la sorte. L'éthique de Kant est une éthique de la bonne
volonté.
Je peux ressentir que c'est mon devoir de recueillir des fonds pour la Croix-Rouge ou les Restos du cœur.
— Oui, ce qui importe c'est que tu le fasses avec le sentiment d'accomplir quelque chose de juste. Même si une partie de l'argent récolté n'arrive pas à destination et ne nourrit pas ceux qui avaient faim, tu auras suivi la loi morale. Tu auras agir par devoir, ce qui est aux yeux de Kant la seule chose qui compte et non, comme on pourrait le croire, les conséquences de ton acte.
Kant divise l'homme en deux :
-   Un être sensible soumis à la loi de causalité, il ne peut pas choisir ce que ses sens perçoivent, des expériences influence sur lui indépendamment de sa volonté.
-   Mais il est aussi un être doué de raison qui lui permet de faire des choix moraux.
En tant qu'êtres sensibles, nous faisons partie intégrante de l'ordre de la nature et ne pouvons à ce titre exercer aucune volonté. Mais en tant qu'êtres doués de raison, nous appartenons au monde tel qu'il est, indépendamment de nos perceptions. En suivant notre « raison pratique » qui nous permet de faire des choix moraux, nous manifestons notre liberté. Car en nous pliant à la loi morale, nous ne faisons qu'obéir à une loi que nous nous sommes imposée.
On finit en effet par être l'« esclave » de ses désirs, de son propre égoïsme par exemple. Il faut une bonne dose d'indépendance et de liberté pour se détacher de ses envies et de ses désirs.
Dans son Projet de paix perpétuelle, Kant écrivit que tous les pays devaient s'unir pour former une « assemblée des peuples » qui veillerait à la paix entre toutes les nations.
Kant est en quelque sorte le parrain de l'idée des Nations unies. Seule la « raison pratique » de l'homme permettait de faire sortir les États, selon Kant, d'un « état naturel » qui les poussait à d'incessantes guerres entre eux et pouvait créer un nouvel ordre international qui empêcherait les guerres.
Il fallut attendre cent vingt-cinq ans après la parution de ce texte, en 1795, pour que soit créée la Société des Nations, après la Première Guerre mondiale. Elle fut remplacée après la Deuxième Guerre mondiale par les Nations unies.

A suivre…


Rachida KHTIRA

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Monday, February 27, 2017

Le monde de Sophie - Partie 7




VII. Le Siècle des Lumières en France

Au début du xvIIIe siècle, l'Angleterre était le centre de la philosophie, l'Allemagne au milieu et la France à la fin du xvIIIe siècle. Il est vrai qu’après Hume, le grand système philosophique était celui de Kant. Toutefois, la France comptait de nombreux penseurs comme Montesquieu, Voltaire, Rousseau et tant d'autres. Ces philosophes s’étaient rendus en Angleterre où ils étaient fascinés par la science expérimentale anglaise surtout la physique universelle de Newton, par la conception de la politique de Locke ainsi que par la philosophie britannique. Hume était mort en 1776, environ vingt ans après Montesquieu et deux ans avant Voltaire et Rousseau qui étaient mort en 1778. Les pensées générales partagées par la plupart des philosophes français du siècle des Lumières traitent  les thèmes suivants.

La Révolte contre L'autorité

Au début de xvIIIe siècle, l’Angleterre était le centre de la philosophie et jouissait d'une plus grande liberté en comparaison avec la France. De nombreux philosophes français étaient influencés par la philosophie britannique et la conception de la politique de Locke. De ce fait, ils se sont révoltés contre l'autorité sous toutes ses formes : l'Eglise, le roi et la noblesse.  D’où la révolution de 1789.

Le Rationalisme

Le siècle des Lumières est appelé aussi le siècle du « Rationalisme ». En effet, à cette époque, la nouvelle science expérimentale avait montré que la nature suivait des lois bien précises. Ceci a influencé sur les philosophes du siècle des Lumières qui avaient une foi immuable en la raison de l'homme et voulaient jeter les bases rationnelles de la morale et de la religion.

L'Optimisme Culturel

Pour les philosophes des lumières, le progrès est une bonne chose si on répand la raison et la connaissance dans la société. Ainsi, avec le temps, l'ignorance et la superstition cèderont la place à une humanité « éclairée ». Les philosophes de cette époque accordaient une place primordiale à l'éducation. Ils affirmaient que la misère et l'exploitation n'étaient que la conséquence de l'ignorance et de la superstition. Ainsi, pour fonder une meilleure société, il faudrait éclairer les couches profondes de la population. La pédagogie date de ce siècle et l’œuvre la plus marquante de cette époque était la production d’une grande encyclopédie en 28 volumes avec la collaboration de tous les grands philosophes des Lumières de 1751 à 1772.

Le Retour à la Nature

Pour les philosophes du siècle des lumières, le mot « Nature » signifiait presque la même chose que « Raison » car la raison de l'homme est pour eux une donnée de la nature. Jean-Jacques Rousseau disait : « Nous devrions retourner à la nature. Pour lui, la nature est bonne et l'homme est, par nature, bon. Tout le mal réside en la société. Selon Rousseau, l'enfant devrait avoir le droit de vivre dans son état d'innocence « naturelle » longtemps que possible. Là encore le statut particulier de l'enfance date du siècle des Lumières, alors qu'avant ce n'était qu'une préparation à la vie d'adulte.

La Religion Naturelle

Les philosophes du siècle des Lumières pensaient que le monde était trop soumis à la raison pour envisager la possibilité de concevoir un monde sans Dieu. Toutefois, la religion devait retrouver des racines rationnelles et il fallait dépoussiérer le christianisme de tous ces dogmes arbitraires et de ces professions de foi que l’Eglise a créé. La croyance en l'immortalité de l'âme relevait davantage du domaine de la raison que de celui de la foi. De plus, beaucoup de philosophes se déclaraient pour le Déisme qui est une conception selon laquelle Dieu a créé le monde il y a longtemps, et ne s'est pas manifesté depuis. Dieu se réduit donc à un « Être suprême » qui ne se révèle qu'à travers la nature et ses lois, et non de manière « surnaturelle ».

Les Droits de l'Homme

Les philosophes français du siècle des Lumières luttaient pour la reconnaissance des droits de chaque individu, du seul fait qu'il est né homme. C'est ce qu'on entend par droits « naturels » des citoyens. Ces droits sont relatifs à :

  • La liberté d'expression, dans le domaine de la religion, de la morale et de la politique. 
  • La lutte contre l'esclavage
  • L’adoucissement des traitements des criminels

La révolution de 1789 établissait un certain nombre de droits qui valaient pour tous les « citoyens » et adoptait le slogan de « Liberté, égalité, fraternité ». Le principe de l'« Inviolabilité de tout individu » est exposé à la fin de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen qui était rédigée par l'Assemblée nationale française en 1789. Les Nations Unies reposent sur les idéaux et les principes des philosophes français du siècle des Lumières.

  • Les Droits des Femmes
Sous la Révolution, les femmes ont participé au combat contre l'Ancien Régime. A Paris, plusieurs salons ont été tenus par des femmes qui revendiquaient les mêmes droits politiques que les hommes ainsi que des réformes concernant le mariage et le statut social de la femme. En 1787, le philosophe Condorcet a publié un écrit sur les droits des femmes, où il a déclaré que les femmes ont les mêmes « droits naturels » que les hommes. Cependant, après la révolution, la domination masculine habituelle revient à nouveau. Parmi les femmes qui luttaient pour l'égalité des droits entre hommes et femmes, on cite Olympe de Gouges qui en 1791 a publié une Déclaration sur les droits des femmes. Malheureusement, elle était guillotinée en 1793 et toute action politique était désormais interdite aux femmes. C’est seulement en  XIXe siècle qu'il y a eu un nouveau mouvement des femmes en France et dans toute l'Europe.

A suivre (Kant, Hegel, Kierkegaard, Marx, Darwin, Freud,..)


Rachida KHTIRA

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Monday, January 30, 2017

Le monde de Sophie – Partie 6


Partie VI. Les Empiristes

Contrairement à un rationaliste qui croit que la raison est à la source de la connaissance, un empiriste veut déduire toutes ses connaissances sur le monde de ce que ses sens lui transmettent. Tant dis que les rationalistes pensent que l’homme a certaines idées innées présentes dans la conscience et qui précèdent toute expérience, les empiristes pensent que si on a une représentation ou une idée qui n'a aucun lien avec des faits dont on a fait l'expérience, c'est alors une idée fausse. Les principaux empiristes étaient les trois anglais Locke, Berkeley et Hume, alors que les grands rationalistes du XVIIe siècle étaient le Français Descartes, le Hollandais Spinoza, et l’Allemand Leibniz. On parle alors de l’Empirisme anglais et du Rationalisme continental.

Locke

John Locke est un anglais qui  a vécu de 1632 à 1704. Son livre le plus important est intitulé « Essai sur l'entendement humain » paru en 1690. Ce livre discute d’une part l'origine des pensées et des représentations chez l'homme, et d’autre part le problème de la fiabilité des sens.

Pensée
Détails – Extraits du livre
Locke est convaincu que toutes les pensées et les images qu’on a dans la tête sont le fruit de diverses expériences. Avant de ressentir quelque chose, la conscience est vierge.
- Locke compare aussi la conscience avec une pièce sans meubles. Nous commençons à percevoir le monde autour de nous grâce à la vue, l'odorat, le goût, le toucher et l'ouïe. Les petits enfants sont imbattables sur ce point. De cette manière naissent ce que Locke appelle des idées sensorielles simples.
- Mais, la conscience n'accepte pas passivement les idées sensorielles simples, elle les confronte, les soumet à divers raisonnements, les met en doute, etc. De ce travail intellectuel surgissent ce que Locke appelait les idées réflexives. Locke opère une distinction entre la « perception » et la « réflexion ».
Locke souligne aussi que les sens permettent seulement d'accéder à des impressions simples.
Quand je mange une pomme par exemple, je ne vois pas la pomme comme un tout, mais j'ai une série d'impressions juxtaposées les unes aux autres : je perçois quelque chose de vert qui dégage une impression de fraîcheur et dont la saveur est un peu acide. Ce n'est qu'après avoir mangé une pomme plusieurs fois que je pourrai formuler clairement la pensée : je mange une « pomme ». Locke dit que nous avons obtenu une « vision synthétique » de la pomme.
Locke distingue dans le domaine des sens les qualités « primaires » des qualités « secondaires ».
Les qualités primaires des sens recouvrent le volume, le poids, la forme, le mouvement et le nombre des choses. Nous pouvons affirmer que nos sens nous renseignent utilement sur ces qualités. Mais nous disons aussi que quelque chose est sucré ou acide, vert ou rouge, chaud ou froid : c'est ce que Locke appelle les qualités secondaires des sens. Et ces impressions telles que la couleur, l'odeur, le goût ou le son, ne sont pas des qualités immanentes aux choses. Elles ne reflètent que l'effet produit sur nos sens.
- Locke rejoint Descartes en reconnaissant qu'il existe certaines qualités que la raison de l'homme peut appréhender.
- Locke affirme que la raison humaine porte en elle l'idée de Dieu.
- Locke ouvre la voie à un savoir intuitif ou « démonstratif ». Certaines règles morales fondamentales valent selon lui pour tous. Il se fit le chantre de ce qu'on a appelé le droit naturel, ce qui est un trait du rationalisme.
- L'idée de Dieu n'est pas pour lui une question de foi, mais de raison inhérente à l'homme.
Locke s'intéressait également à l'égalité entre les sexes.
Il pensait en effet que la position subordonnée de la femme par rapport à l'homme n'était pas une donnée de la nature, mais bien le fait des êtres humains.
Locke avait insisté sur la nécessité d'une séparation entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif pour éviter la tyrannie.
Pour fonder un État sur le droit, il faudrait selon Locke que les représentants du peuple rédigent les lois et laisser le roi ou le gouvernement les mettre en application.


Hume

David Hume  est un anglais qui a vécu de 1711 à 1776. Hume grandit en Ecosse dans les environs d'Edimbourg. Sa famille voulait qu'il devienne un homme de loi, mais lui prétendait qu'il «sentait une aversion irrésistible envers tout ce qui n'était pas philosophie ou culture générale». Il passa une grande partie de sa vie à voyager en Europe avant de s'établir à Edimbourg. Il avait vingt-huit ans quand son livre: « Traité de la nature humaine »  a été publié. Hume voulait mettre de l'ordre dans les concepts et les constructions intellectuelles des précédents philosophes, car on trouvait à cette époque aussi bien des croyances héritées du Moyen Âge que les pensées des rationalistes du xvIIe siècle. Il disait : « aucune philosophie ne pourra nous mener au-delà des expériences quotidiennes ou nous donner des règles de conduite différentes de celles qu'une réflexion sur la vie de tous les jours nous permet de trouver ».

Pensée
Détails – Extraits du livre
Hume distingue deux types de représentations chez l'homme : les impressions et les idées. Les « impressions » sont les perceptions vives et immédiates du monde extérieur tandis que les « idées » sont les souvenirs attachés à ces impressions.
Si tu te brûles à un poêle trop chaud, tu ressens une « impression » immédiate. Par la suite, tu vas y repenser et c'est ce que Hume appelle une «idée». Avec cette différence que l'impression est beaucoup plus forte que le souvenir après coup. Autrement dit, l'impression des sens est originale alors que le souvenir n'est qu'une pâle copie, car l'impression est la cause directe de l'idée qui va se nicher dans la conscience.
Hume explique qu'une impression ou une idée peut être soit simple soit associative.
Tu te souviens que nous avons parlé d'une pomme à propos de Locke en disant que cette pomme était justement une « association d'impressions ». Nous pouvons aussi affirmer que la pomme est une « idée associative ».
Hume s'attaquait à toutes les représentations pour les décomposer en impressions simples et voir si elles correspondent à quelque chose de réel. Hume voulait montrer qu’ils existent des idées sans qu'elles correspondent à quelque chose de réel. Contrairement à Descartes qui affirmait qu'une idée « claire et distincte » correspondait obligatoirement à quelque chose de réel.
Il était communément admis à l'époque de Hume que les anges existaient. Qui dit ange veut dire un corps masculin avec des ailes. Selon Hume, l'« ange » est une « association d'idées ». Deux expériences différentes dans la réalité se trouvent arbitrairement réunies par l'imagination de l'homme. En d'autres termes, c'est une représentation fausse comme tant d'autres dont il faut se débarrasser au plus vite.
Hume pensait que le faite que nous voyons en Dieu un être infiniment « intelligent et bon », n’est qu’une association d'idées avec d'un côté quelque chose d'intelligent et de l'autre quelque chose de bon.
Si nous n'avions su ce qu'était l'intelligence ou la bonté, nous n'aurions pu forger un tel concept de Dieu. Hume disait : « Si nous prenons en main n'importe quel livre sur la conception de Dieu ou la métaphysique, nous devrions nous poser la question : contient-il le moindre raisonnement abstrait concernant la grandeur ou le nombre? Non. Contient-il le moindre raisonnement fondé sur l'expérience concernant les faits et l'existence? Non. Alors jetons-le aux flammes, car il ne peut contenir que des élucubrations de sophistes et des rêveries avortées. »
Hume refuse le faite de démontrer l'immortalité de l'âme ou l'existence de Dieu. Selon lui, fonder la foi religieuse par la raison humaine relevait de l'hérésie rationaliste. Hume n'était pas chrétien, mais il n'était pas non plus athée. Il était un agnostique : Il ne sait si Dieu existe.
Il ne reconnaissait comme vrai que ce qu'il avait perçu comme tel par ses propres sens. Il laisse sinon le champ ouvert à toutes les hypothèses. Il ne rejetait pas la foi chrétienne ou la croyance aux miracles. Mais dans les deux cas il est question de foi et non de savoir ou de raison.
Hume dit que la représentation du moi est une collection de divers contenus de conscience qui se succèdent à toute vitesse et qui changent et bougent constamment.
Nous n'avons donc pas de personnalité de base où viendraient s'inscrire et s'enchaîner par la suite toutes les émotions et les concepts. Le sentiment d'avoir un noyau de personnalité irréductible et immuable est donc illusoire. La représentation du moi est en fait une longue chaîne d'impressions isolées que tu n'as pas vécues simultanément.
Hume pense que les prétendues « lois naturelles» comme la « loi de cause à effet » relèvent de l'habitude et ne sont aucunement fondées sur la raison. Nous ne naissons pas avec des idées préconçues sur la bonne marche du monde. Le monde se présente à nous tel qu'il est et nous le découvrons jour après jour grâce à nos sens.
Dans le lien de cause à effet, on peut citer le phénomène de l'orage où beaucoup s'imaginent que l'éclair est la cause du tonnerre parce que le tonnerre a toujours quelques secondes de décalage avec l'éclair. Cependant,  l'éclair et le tonnerre se produisent simultanément parce que tous deux sont le résultat d'une décharge électrique. Ainsi on voit qu'en réalité c'est un troisième facteur qui est la cause de ces deux phénomènes.
Hume soutient que ce n'est pas la raison qui détermine ce que nous disons ou faisons mais ce sont nos sentiments contrairement à la pensée rationaliste selon laquelle la différence entre le bien et le mal est inscrite dans la raison de l'homme.
Après des inondations catastrophiques, n'est-ce pas seul notre cœur qui nous pousse à agir pour secourir les populations sinistrées? Si nous n'avions pas de sentiments et laissions parler notre « raison froide », ne pourrions-nous pas penser qu'au fond ce n'était pas une si mauvaise chose, puisque ça supprime des millions de gens dans un monde déjà menacé par la surpopulation?


Berkeley

George Berkeley était un évêque irlandais qui a vécu de 1685 à 1753. Berkeley ne se contente pas de mettre en doute la réalité matérielle, mais aussi le temps et l'espace qui selon lui n'ont absolument pas d'existence indépendante. Notre perception du temps et de l'espace est quelque chose qui n'existe que dans notre conscience.

Pensée
Détails – Extraits du livre
Berkeley pensait que les choses ne sont pas des « choses ». Mais elles sont exactement comme nous les percevons. Selon Berkeley, la seule chose qui existe est ce que nous percevons.
Contrairement à  Locke qui avait insisté sur le fait que nous ne pouvons rien dire sur les qualités secondaires des choses. Nous pouvons affirmer qu'une pomme est verte et acide, mais cela n'engage que nous. Par contre les qualités primaires telles que la masse, le volume et le poids appartiennent réellement au monde extérieur qui, lui, a une « substance » physique.
Locke pensait à la suite de Descartes et Spinoza que le monde physique est une réalité.
Berkeley prétendait que toutes nos idées ont une cause extérieure à notre propre conscience, mais cette cause est de nature spirituelle et non matérielle.
Selon Berkeley, seul Dieu est la cause des idées qui déterminent notre monde matériel. Tout découle de l'esprit « qui agit en toute chose et en quoi toute chose consiste », disait-il.
Berkeley affirme avec certitude l'existence de Dieu. Ce dernier est la clé de son système au sens où l'existence de Dieu est le seul moyen d'assurer la vérité de nos perceptions, en l'absence de réalité matérielle extérieure avec laquelle nos perceptions pourraient s'accorder.
Berkeley disait que « nous pouvons même affirmer que l'existence de Dieu est beaucoup plus clairement perçue que celle des hommes ».
Tout ce que nous voyons et sentons est « une conséquence de la puissance de Dieu », rappelait Berkeley. Car Dieu est « intimement présent dans notre conscience et fait surgir toute cette multitude d'idées et de perceptions auxquelles nous sommes sans cesse exposés ». Le monde entier ainsi que toute notre existence reposent entre les mains de Dieu. Il est l'unique cause de tout ce qui est.

A suivre …


Rachida KHTIRA

Software Engineer at the Moroccan Ministry of Finance.
Interests: Reading, travel and social activities.