Monday, January 30, 2017

Le monde de Sophie – Partie 6


Partie VI. Les Empiristes

Contrairement à un rationaliste qui croit que la raison est à la source de la connaissance, un empiriste veut déduire toutes ses connaissances sur le monde de ce que ses sens lui transmettent. Tant dis que les rationalistes pensent que l’homme a certaines idées innées présentes dans la conscience et qui précèdent toute expérience, les empiristes pensent que si on a une représentation ou une idée qui n'a aucun lien avec des faits dont on a fait l'expérience, c'est alors une idée fausse. Les principaux empiristes étaient les trois anglais Locke, Berkeley et Hume, alors que les grands rationalistes du XVIIe siècle étaient le Français Descartes, le Hollandais Spinoza, et l’Allemand Leibniz. On parle alors de l’Empirisme anglais et du Rationalisme continental.

Locke

John Locke est un anglais qui  a vécu de 1632 à 1704. Son livre le plus important est intitulé « Essai sur l'entendement humain » paru en 1690. Ce livre discute d’une part l'origine des pensées et des représentations chez l'homme, et d’autre part le problème de la fiabilité des sens.

Pensée
Détails – Extraits du livre
Locke est convaincu que toutes les pensées et les images qu’on a dans la tête sont le fruit de diverses expériences. Avant de ressentir quelque chose, la conscience est vierge.
- Locke compare aussi la conscience avec une pièce sans meubles. Nous commençons à percevoir le monde autour de nous grâce à la vue, l'odorat, le goût, le toucher et l'ouïe. Les petits enfants sont imbattables sur ce point. De cette manière naissent ce que Locke appelle des idées sensorielles simples.
- Mais, la conscience n'accepte pas passivement les idées sensorielles simples, elle les confronte, les soumet à divers raisonnements, les met en doute, etc. De ce travail intellectuel surgissent ce que Locke appelait les idées réflexives. Locke opère une distinction entre la « perception » et la « réflexion ».
Locke souligne aussi que les sens permettent seulement d'accéder à des impressions simples.
Quand je mange une pomme par exemple, je ne vois pas la pomme comme un tout, mais j'ai une série d'impressions juxtaposées les unes aux autres : je perçois quelque chose de vert qui dégage une impression de fraîcheur et dont la saveur est un peu acide. Ce n'est qu'après avoir mangé une pomme plusieurs fois que je pourrai formuler clairement la pensée : je mange une « pomme ». Locke dit que nous avons obtenu une « vision synthétique » de la pomme.
Locke distingue dans le domaine des sens les qualités « primaires » des qualités « secondaires ».
Les qualités primaires des sens recouvrent le volume, le poids, la forme, le mouvement et le nombre des choses. Nous pouvons affirmer que nos sens nous renseignent utilement sur ces qualités. Mais nous disons aussi que quelque chose est sucré ou acide, vert ou rouge, chaud ou froid : c'est ce que Locke appelle les qualités secondaires des sens. Et ces impressions telles que la couleur, l'odeur, le goût ou le son, ne sont pas des qualités immanentes aux choses. Elles ne reflètent que l'effet produit sur nos sens.
- Locke rejoint Descartes en reconnaissant qu'il existe certaines qualités que la raison de l'homme peut appréhender.
- Locke affirme que la raison humaine porte en elle l'idée de Dieu.
- Locke ouvre la voie à un savoir intuitif ou « démonstratif ». Certaines règles morales fondamentales valent selon lui pour tous. Il se fit le chantre de ce qu'on a appelé le droit naturel, ce qui est un trait du rationalisme.
- L'idée de Dieu n'est pas pour lui une question de foi, mais de raison inhérente à l'homme.
Locke s'intéressait également à l'égalité entre les sexes.
Il pensait en effet que la position subordonnée de la femme par rapport à l'homme n'était pas une donnée de la nature, mais bien le fait des êtres humains.
Locke avait insisté sur la nécessité d'une séparation entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif pour éviter la tyrannie.
Pour fonder un État sur le droit, il faudrait selon Locke que les représentants du peuple rédigent les lois et laisser le roi ou le gouvernement les mettre en application.


Hume

David Hume  est un anglais qui a vécu de 1711 à 1776. Hume grandit en Ecosse dans les environs d'Edimbourg. Sa famille voulait qu'il devienne un homme de loi, mais lui prétendait qu'il «sentait une aversion irrésistible envers tout ce qui n'était pas philosophie ou culture générale». Il passa une grande partie de sa vie à voyager en Europe avant de s'établir à Edimbourg. Il avait vingt-huit ans quand son livre: « Traité de la nature humaine »  a été publié. Hume voulait mettre de l'ordre dans les concepts et les constructions intellectuelles des précédents philosophes, car on trouvait à cette époque aussi bien des croyances héritées du Moyen Âge que les pensées des rationalistes du xvIIe siècle. Il disait : « aucune philosophie ne pourra nous mener au-delà des expériences quotidiennes ou nous donner des règles de conduite différentes de celles qu'une réflexion sur la vie de tous les jours nous permet de trouver ».

Pensée
Détails – Extraits du livre
Hume distingue deux types de représentations chez l'homme : les impressions et les idées. Les « impressions » sont les perceptions vives et immédiates du monde extérieur tandis que les « idées » sont les souvenirs attachés à ces impressions.
Si tu te brûles à un poêle trop chaud, tu ressens une « impression » immédiate. Par la suite, tu vas y repenser et c'est ce que Hume appelle une «idée». Avec cette différence que l'impression est beaucoup plus forte que le souvenir après coup. Autrement dit, l'impression des sens est originale alors que le souvenir n'est qu'une pâle copie, car l'impression est la cause directe de l'idée qui va se nicher dans la conscience.
Hume explique qu'une impression ou une idée peut être soit simple soit associative.
Tu te souviens que nous avons parlé d'une pomme à propos de Locke en disant que cette pomme était justement une « association d'impressions ». Nous pouvons aussi affirmer que la pomme est une « idée associative ».
Hume s'attaquait à toutes les représentations pour les décomposer en impressions simples et voir si elles correspondent à quelque chose de réel. Hume voulait montrer qu’ils existent des idées sans qu'elles correspondent à quelque chose de réel. Contrairement à Descartes qui affirmait qu'une idée « claire et distincte » correspondait obligatoirement à quelque chose de réel.
Il était communément admis à l'époque de Hume que les anges existaient. Qui dit ange veut dire un corps masculin avec des ailes. Selon Hume, l'« ange » est une « association d'idées ». Deux expériences différentes dans la réalité se trouvent arbitrairement réunies par l'imagination de l'homme. En d'autres termes, c'est une représentation fausse comme tant d'autres dont il faut se débarrasser au plus vite.
Hume pensait que le faite que nous voyons en Dieu un être infiniment « intelligent et bon », n’est qu’une association d'idées avec d'un côté quelque chose d'intelligent et de l'autre quelque chose de bon.
Si nous n'avions su ce qu'était l'intelligence ou la bonté, nous n'aurions pu forger un tel concept de Dieu. Hume disait : « Si nous prenons en main n'importe quel livre sur la conception de Dieu ou la métaphysique, nous devrions nous poser la question : contient-il le moindre raisonnement abstrait concernant la grandeur ou le nombre? Non. Contient-il le moindre raisonnement fondé sur l'expérience concernant les faits et l'existence? Non. Alors jetons-le aux flammes, car il ne peut contenir que des élucubrations de sophistes et des rêveries avortées. »
Hume refuse le faite de démontrer l'immortalité de l'âme ou l'existence de Dieu. Selon lui, fonder la foi religieuse par la raison humaine relevait de l'hérésie rationaliste. Hume n'était pas chrétien, mais il n'était pas non plus athée. Il était un agnostique : Il ne sait si Dieu existe.
Il ne reconnaissait comme vrai que ce qu'il avait perçu comme tel par ses propres sens. Il laisse sinon le champ ouvert à toutes les hypothèses. Il ne rejetait pas la foi chrétienne ou la croyance aux miracles. Mais dans les deux cas il est question de foi et non de savoir ou de raison.
Hume dit que la représentation du moi est une collection de divers contenus de conscience qui se succèdent à toute vitesse et qui changent et bougent constamment.
Nous n'avons donc pas de personnalité de base où viendraient s'inscrire et s'enchaîner par la suite toutes les émotions et les concepts. Le sentiment d'avoir un noyau de personnalité irréductible et immuable est donc illusoire. La représentation du moi est en fait une longue chaîne d'impressions isolées que tu n'as pas vécues simultanément.
Hume pense que les prétendues « lois naturelles» comme la « loi de cause à effet » relèvent de l'habitude et ne sont aucunement fondées sur la raison. Nous ne naissons pas avec des idées préconçues sur la bonne marche du monde. Le monde se présente à nous tel qu'il est et nous le découvrons jour après jour grâce à nos sens.
Dans le lien de cause à effet, on peut citer le phénomène de l'orage où beaucoup s'imaginent que l'éclair est la cause du tonnerre parce que le tonnerre a toujours quelques secondes de décalage avec l'éclair. Cependant,  l'éclair et le tonnerre se produisent simultanément parce que tous deux sont le résultat d'une décharge électrique. Ainsi on voit qu'en réalité c'est un troisième facteur qui est la cause de ces deux phénomènes.
Hume soutient que ce n'est pas la raison qui détermine ce que nous disons ou faisons mais ce sont nos sentiments contrairement à la pensée rationaliste selon laquelle la différence entre le bien et le mal est inscrite dans la raison de l'homme.
Après des inondations catastrophiques, n'est-ce pas seul notre cœur qui nous pousse à agir pour secourir les populations sinistrées? Si nous n'avions pas de sentiments et laissions parler notre « raison froide », ne pourrions-nous pas penser qu'au fond ce n'était pas une si mauvaise chose, puisque ça supprime des millions de gens dans un monde déjà menacé par la surpopulation?


Berkeley

George Berkeley était un évêque irlandais qui a vécu de 1685 à 1753. Berkeley ne se contente pas de mettre en doute la réalité matérielle, mais aussi le temps et l'espace qui selon lui n'ont absolument pas d'existence indépendante. Notre perception du temps et de l'espace est quelque chose qui n'existe que dans notre conscience.

Pensée
Détails – Extraits du livre
Berkeley pensait que les choses ne sont pas des « choses ». Mais elles sont exactement comme nous les percevons. Selon Berkeley, la seule chose qui existe est ce que nous percevons.
Contrairement à  Locke qui avait insisté sur le fait que nous ne pouvons rien dire sur les qualités secondaires des choses. Nous pouvons affirmer qu'une pomme est verte et acide, mais cela n'engage que nous. Par contre les qualités primaires telles que la masse, le volume et le poids appartiennent réellement au monde extérieur qui, lui, a une « substance » physique.
Locke pensait à la suite de Descartes et Spinoza que le monde physique est une réalité.
Berkeley prétendait que toutes nos idées ont une cause extérieure à notre propre conscience, mais cette cause est de nature spirituelle et non matérielle.
Selon Berkeley, seul Dieu est la cause des idées qui déterminent notre monde matériel. Tout découle de l'esprit « qui agit en toute chose et en quoi toute chose consiste », disait-il.
Berkeley affirme avec certitude l'existence de Dieu. Ce dernier est la clé de son système au sens où l'existence de Dieu est le seul moyen d'assurer la vérité de nos perceptions, en l'absence de réalité matérielle extérieure avec laquelle nos perceptions pourraient s'accorder.
Berkeley disait que « nous pouvons même affirmer que l'existence de Dieu est beaucoup plus clairement perçue que celle des hommes ».
Tout ce que nous voyons et sentons est « une conséquence de la puissance de Dieu », rappelait Berkeley. Car Dieu est « intimement présent dans notre conscience et fait surgir toute cette multitude d'idées et de perceptions auxquelles nous sommes sans cesse exposés ». Le monde entier ainsi que toute notre existence reposent entre les mains de Dieu. Il est l'unique cause de tout ce qui est.

A suivre …


Rachida KHTIRA

Software Engineer at the Moroccan Ministry of Finance.
Interests: Reading, travel and social activities.



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